L'Anvore, à l'Est, et la forêt
de Salair forment l'écrin de cette cité ouvrière du
XIXème siècle.

Toute vie cherche dans l'eau la promesse
d'une structure appropriée, comme les racines de l'arbre puisent au plus
profond de la terre l'espoir d'une lumière en feuille
accomplies.
Les moines le savaient qui, en 1204,
édifièrent leur abbaye à Fons-Danielis, terrain
marécageux et boisé lêgué par Juhel III de
Mayenne.
Fidèles à l'ordre de Cîteaux, ces religieux
canalisent, débrousaillent, labourent, sèment...
définissant ainsi les futures limites territoriales de
Fontaine-Daniel.

Chacun ici s'étonne de la qualité
de l'air, de cette atmosphère impalpable, du temps qui joue d'autres
mesures. Peut-être est-ce la vocation originelle de ce lieu qui invite,
depuis si longtemps, les générations successives à
considérer l'homme et le cosmos. Ici l'homme et la nature grandissent
dans le respect mutuel qui, siècle après siècle,
façonne le tissu social.
Si le passé cistercien de
Fontaine-Daniel lui confère un charme particulier, c'est la
révolution française qui va décider de son visage actuel.
En 1805, Monsieur Horem, venu d'Angleterre, se porte acquéreur de
l'abbaye et y implante la première filature du
département.

Désormais, la vie s'inscrira avec la couleur
de la pierre, la nature du fil, et le va et vient des métiers à
tisser.
Martin Denis introduit le tissage mécanique en 1838.
La teinture viendra compléter la maîtrise de l'ouvrage à la
fin du siècle. Dès l'origine, l'entreprise s'investit dans tous
les domaines, qu'ils soient techniques, architecturaux ou sociaux.
Comme l'architecture cistercienne écarte tout décor inutile à la
contemplation, à Fontaine-Daniel, la vocation de l'architecture
usinière est d'accueillir la communauté des ouvriers, dans la
sobriété des lignes, la fonctionnalité des espaces mais
aussi le respect des individus et le légitime confort de leur
habitations.

Il existe encore des cités ouvrières en
France. Fontaine-Daniel demeure unique en son genre.
Si l'organisation
de l'entreprise et du village industriel semble si homogène et
harmonieuse, la doctrine anthroposiphe introduite par Elisabeth Bacot,
épouse de Georges et tante de Jean Denis n'y est pas
étrangère.
La volonté de ne pas
dénaturer le paysage préside, depuis toujours, à toute
édification. Les premiers logements collectifs voient le jouren 1830, en
même temps que l'école, conçue par Elisabeth Armfield et
édifiée par Gustave Denis trente ans après. Les maisons
individuelles, de même conception, se différencient toutes de
leurs voisines. Chaque bâtiment porte un nom d'arbre, d'oiseau, de fleur,
signifiant l'intégration de chacun dans son
environnement.
Loin des antagonismes des grandes villes, chacun sait, ici, qu'il appartient
de préserver l'espace de vie qu'il partage. L'air bien sûr, le précieux paysage
mais aussi les rythmes du jour, les replis de la nuit...
Les temps de parole permettent de mieux éclairer le monde, sous les marronniers
centenaires ou à la terrasse du restaurant La Forge. Et quand l'automne revient,
son intérieur offre sa douceur et sa carte à l'image poétique du lieu.
...Suite du texte
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